Fulbright Re-entry Program

En tant que FLTA récemment rentrée en France, j’attendais cette invitation avec impatience. C’est donc le 28 novembre que la Commission franco-américaine a organisé le « Fulbright Re-entry program » pour la remise  des certificats d’honneur en présence de Julia FENDRICK, Conseillère Culturelle près l’Ambassade des Etats-Unis.

Cet événement est un symbole important : c’est le moment où nous devenons alumni et où nous retrouvons notre promo pour échanger sur nos expériences vécues aux Etats-Unis, et nos perspectives. Chacun  a préparé une présentation pour partager ses anecdotes, son séjour et sa vision du voyage effectué. Bien que chaque personne vive sa mission de Teaching Assistant très différemment d’un campus à l’autre, nous avons tout de même identifié de nombreux points communs.

Photos de Clarisse et Julie, merci à vous 🙂

Le Fulbright Re-entry Program a également été l’occasion de rencontrer des alumni FLTA de promo antérieures.  Ils nous ont apporté leurs conseils avisés en matière de recherche d’emploi, de réseau, et de perspectives dans le domaine associatif et professionnel. Certains ont apporté leur témoignage en évoquant leur propre carrière professionnelle, les défis et les enjeux rencontrés, ainsi que l’impact de la communauté Fulbright.

Enfin, lors du dîner de Thanksgiving organisé le soir au Restaurant d’application Guillaume Tirel, j’ai eu l’occasion de faire de nombreuses rencontres parmi les lauréats américains actuels, des membres de l’association France Fulbright Alumni, ainsi que de nombreux d’alumni tous programmes confondus. Monsieur Roujou m’a présenté Danielle qui est actuellement à Toulouse dans le cadre de son séjour Fulbright. M’étant portée volontaire pour participer au programme Fulbright Mentoring, j’ai décidé de poursuivre l’expérience et l’esprit du programme après mon retour dans mon cheminement quotidien au niveau local.

J’ajoute ici l’article et l’image du « Fulbright Re-entry Program » provenant du site de la Commission Franco-américaine.

Remise des diplômes de participation au programme Fulbright FLTA

 

 

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Le choc climatique du retour

Qui dit retour dit choc culturel inversé. N’importe quel expatrié entend parler de ce concept bien avant son retour, en écoutant les témoignages des anciens. C’est avec quelques appréhensions que j’ai abordé mon retour en France, mais au final, le plus difficile pour moi ce n’était pas le choc culturel inversé, mais bien le choc climatique !

La première chose qui m’a littéralement choquée dès que j’ai franchi les portes extérieures de l’aéroport, c’est la température ! Devant moi, les gens étaient en tongues, en débardeur et en tenues légères, avec lunettes et chapeaux. Avec mon col roulé et mon K-way sur le dos, la redécouverte de l’Occitanie rimait avec le soleil et les vacances, comme si tous les habitants vivaient au Club Med.

Me voilà donc à redécouvrir mon propre pays avec une vision complètement nouvelle, ce qui est assez incroyable ! J’ai commencé à remarquer des détails dont je ne m’étais jamais rendue compte auparavant.

Le tramway est bondé, et il y fait une chaleur suffocante. Là, j’entends les gens parler et je découvre que l’accent du sud est comment dire… omniprésent, choquant,  exagéré, perturbant et ridicule à la fois ! Je n’y avais jamais fait attention, mais l’accent du terroir et la voix de certains seniors m’a plusieurs fois écorché les oreilles. Peut-être est-ce là le ressenti des Parisiens qui se moquent de cet accent en tentant de l’imiter. Entendre parler français autour de soi, c’est dépaysant ! J’observe alors avec attention les détails, mais l’impression la plus tenace, c’est que tout semble tellement plus petit!

La taille des voiture est tellement modeste, c’est à se demander si le métro n’est pas sorti d’une usine de fabrication de Playmobils. Les rues étroites et sinueuses semblent vouloir défier toute logique et le moindre sens de l’orientation. Les trottoirs sont quasi inexistants, et les routes sont des chemins où chaque kilomètre parcouru à bord d’une voiture est vécu comme une punition avec cette vieille boite manuelle pour passer les vitesses. Conduire à nouveau en France donne sérieusement l’impression de revenir à un modèle archaïque où les voitures les plus basiques sont dépourvues de la moindre option. Pour avoir un ordre d’idée, on peut comparer une Twingo et une charette.  A vrai dire, il ne faut pas aller bien loin pour chercher l’erreur entre un modèle récent américain et un modèle français du début des années 1990 – cette vision est donc tout à fait relative !

Ma ville de départ est finalement la même à l’arrivée.  Je suis revenue chez moi, provoquant ainsi une étrange sensation de redécouverte totale d’un lieu qui m’était familier un an auparavant. Dans le Maine, habituée à vivre au quotidien avec le strict minimum, j’ai littéralement redécouvert des objets auxquels j’étais très attachée, mais que j’avais fini par oublier, comme ma tasse préférée pour prendre le thé ou mes couverts en bois.

Un des avantages de revenir sur le vieux continent, c’est de se rendre compte combien nous avons de la chance de vivre dans des villes où l’architecture,  imprégnée d’une histoire riche, est dotée d’une valeur esthétique inestimable. Je trouve un regain d’intérêt visuel pour les briquettes, les colombages, les murs en pierre, ainsi que les ferronneries ornementales.

A mon retour, j’imaginais que mes proches me poseraient une multitude de questions. En réalité, la curiosité de mon entourage sur ma propre expérience ne fût que très limitée, ce qui me convient très bien. La plupart du temps, les personnes me demandent simplement si je compte repartir. A ce jour, je n’ai pas de réponse puisque je viens à peine de rentrer !

Dernière journée de cours !

Aujourd’hui, j’ai enseigné mon dernier cours de français avec mes étudiants de niveau intermédiaire FRE 218. Pour célébrer les derniers jours, et d’après une suggestion qui a fait l’unanimité de tous,  nous nous sommes retrouvés à Bagel Central à Bangor. C’est un café à l’américaine avec un très grand choix de bagels, dont la qualité en fait un lieu incontournable en ville, il y a aussi beaucoup de boissons et de pâtisseries (il y a même des éclairs au chocolat!). Un jour, les étudiants me demandaient qu’est ce que je trouvais de très différent ici aux États-Unis par rapport à la France, alors je leur ait parlé de la culture en terrasse, et de se retrouver entre amis autour d’un café pour discuter, et de prendre le temps. Car en général, ça ne dure jamais plus d’une demi-heure avec les américains, ce qui peut être un peu frustrant. L’idée de se rendre dans un café a donc été une activité intéressante pour eux !

Le défi a été donc très simple. Être capable de passer une heure et quart tous ensemble dans un café, avec des boissons et quelques bagels. Chacun discutait et pouvait animer la conversation autour de souvenirs, les blagues, les vacances, de tatouages… Bref, des sujets qui n’auraient pas été forcément abordés dans le cadre d’une classe face à un tableau. Congratulations to all of you ! Now, you know how to hangout in a café in the French way ! Ils ont magnifiquement bien réussi, ce sont des Frenchies maintenant !

Nous avons continué ensuite avec un petit détour par la boutique The Rock and Art Shop, où une multitude d’objets décoratifs, de cartes, et de plantes sont en vente. Après une exploration en détail, la boutique s’est transformée en salle de classe improvisée où chacun devait trouver des articles dont il connaissait le nom en français. L’exercice fût très amusant, mais cette improvisation leur a permis de mobiliser leur vocabulaire sur le vif, en réagissant à ce qu’ils voyaient. Enfin, pour terminer cette belle matinée, nous avons fait un tour au musée d’art contemporain de Bangor où une exposition dédiée à Brenton Hamilton occupait l’espace avec de nombreux cyanotypes. Cette excursion a beaucoup inspiré les étudiants, et c’était l’occasion de découvrir cette galerie de qualité à proximité. Certaines oeuvres étaient interactives, avec la possibilité de manipuler directement les objets, attirant la curiosité et invitant au questionnement. Mais pourquoi y a t-il plusieurs couches de tissu? Peut-être est-ce là une certaine perspective pour envisager le visible et l’invisible?!

Rassemblement au Centre Franco-Américain

S’il y a un lieu où je me sens un peu comme chez moi à l’University of Maine, c’est bien au Centre Franco-Américain. Lors de la préparation du rassemblement d’écrivains d’artistes et de créateurs franco-américains pour la session 2017, Susan Pinette, la directrice, m’a proposé de participer à la journée de lectures.  J’ai spontanément suggéré une lecture de mes poèmes, afin de contribuer au travail collectif, et afin de renforcer les liens entre francophones en échangeant avec les intervenants. Bien que je ne sois pas franco-américaine, je partage aussi cette identité de l’entre deux, qui oscille entre cultures francophones et anglophones.

Comme le souligne Dean Louder dans son article dédié à cette journée sur son blog, « ce qui est extraordinaire, c’est la présence de 30 à 40 participants de tous âges, chacun partageant son art avec les autres dans un contexte de solidarité et d’affirmation. Pour moi, c’était important de revoir les membres de la vieille garde de la Franco-Américanie, les gars comme Yvon Labbé, Grégoire Chabot, Paul Paré, Jim Bishop et Raymond Pelletier », et tout comme lui, la présence des pères fondateurs du Centre Franco-Américain lors de cette journée est un symbole fort. C’est l’occasion d’associer enfin un visage à des noms dont j’ai beaucoup entendu parler cette année ! La présence des ‘anciens’ est une chance inestimable pour le transfert et l’échange de savoirs entre les générations. A travers leurs histoires et leurs poèmes, les artistes et performeurs ont présenté la culture et l’héritage franco-américain.

J’ai pu ainsi mieux comprendre les problématiques auxquelles les francos ont dû faire face dans le passé, et les perspectives qu’ils envisagent pour la postérité. J’étais intimidée à l’idée de lire ma poésie devant un public, et face à de si nombreux talents, mais j’ai relevé le défi en me disant que c’était une bonne occasion de donner vie à mes textes en dehors du monde binaire des 0 et des 1 de l’ordinateur ! Ma prestation a vraisemblablement été bien reçue, et cela a déclenché de nombreux échanges de nombreux visiteurs. Parmi les personnes qui ont présenté leurs travaux, j’ai été ravie de retrouver une fois de plus Grégoire avec son monologue de Jean Arrache. Je ne saurais citer tout le monde, en tout cas, je tiens à remercier et à féliciter Susan pour l’organisation de cette belle journée, ainsi que toutes les personnes dont j’ai eu la chance d’écouter le travail, très impressionnant et inspirant ! Les photos de cet article ont été prises par Dean Louder et Laurie Graves, merci à eux !

Acadia, Bar Harbor et Petite Plaisance

Ce weekend, nous avons eu l’agréable surprise de découvrir de nouveaux horizons dans le Maine avec nos coordinatrices. Nous avons fait une halte dans une auberge adorable, située prés d’un lac pour un brunch fort copieux à Lucerne Inn. La vue depuis la salle commune est imprenable, et la nourriture est excellente ! A Acadia, nous avons visité la plage Sand Beach, une petite plage entourée de pins et de peupliers. Les plages de sable sont rares ici dans le Maine, et c’est la première fois depuis notre arrivée que nous avons pu fouler le sable de ce côté de l’océan atlantique ! A Thunder Hole, une cavité rocheuse où s’amassent les touristes, les vagues se fracassent sur les rochers, et le bruit ressemble à celui de l’orage !

Nous avons eu un temps magnifique et ensoleillé, et après une promenade à Bar Harbor, nous avons réalisé que la saison n’a pas encore commencé. Beaucoup de boutiques sont encore fermées, et certains commerçant ne manquent pas d’humour en affichant des petites pancartes: « CLOSED for the season… The reason? It’s Freezin’! See you in June » – Sur le chemin du retour, nous sommes passées devant la maison de Marguerite Yourcenar, écrivain et première femme élue à l’Académie Française à partir de 1950. Petite Plaisance est située à Northeast Harbor, c’est une jolie maison dans le style du Maine, et l’auteur y a vécu jusqu’à la fin de sa vie en 1987.

Maine Mapple Day

Le Maine Mapple Day, est une fête annuelle qui se déroule chaque année le quatrième dimanche du mois de mars. C’est l’occasion pour les producteurs de sirop d’érable d’ouvrir leurs cabanes à sucre aux visiteurs et aux familles. Traditionnellement, c’est une petite maison dédiée à la fabrication du sirop d’érable, le plus souvent située dans la forêt. Là, de grandes chaudières fumantes permettent de fabriquer le sirop. Il faut environ 40 litres de sève pour produire 1 litre de sirop. Les curieux viennent déguster et découvrir cette technique ancestrale déjà utilisée par les Amérindiens. Les colons ont appris le processus qui consiste à entailler le tronc des érables à l’arrivée du printemps. La sève monte, mais elle est récoltée goute à goute dans des petits seaux accrochés autour du tronc. Le liquide est ensuite transformé par évaporation dans de grandes cuves.

Jane et Rachel, nos coordinatrices ont eu l’excellente idée d’aller visiter toutes ensemble la cabane à sucre d’Eureka Farms. Là, nous avons pu découvrir l’atelier de production dans une atmosphère ancestrale,  recréant l’ambiance d’antan avec un tas d’antiquités. Comme beaucoup de cabanes à sucre qui reçoivent du public, de nombreuses activités étaient proposées telles que du traineau tiré par des chevaux – horse sledge à la grande surprise de notre amie Jessie, assistante chinoise qui pensait que tous les traîneaux étaient tirés par des rennes ! Il y avait également des dégustations de woopie pie au sirop d’érable, un vrai délice. Les producteurs vendaient également leurs produits, c’est l’occasion de les soutenir en achetant sur place !

Il n’y a pas que le Maine qui produit du sirop d’érable ! Le Canada est le plus grand producteur mondial avec plus de 70% de la production mondiale (dont 90% est produit au Québec). Ce n’est donc pas par hasard si le Canada a choisi comme emblème la feuille d’érable pour son drapeau ! Nous avons terminé notre belle journée ensoleillée par une dégustation chez Gifford’s Ice Cream à Bangor, une boutique entièrement dédiée à la vente de glaces, fabriquées dans le Maine. Le choix est incroyable, avec environ 60 possibilités !

L’hiver dans le Maine

Habituellement dans les discussions, lorsque je dis que j’habite dans le Maine au nord des États-Unis, si les gens avec qui je parle ne sont pas des locaux, la première chose qu’ils imaginent, c’est que je vis dans une région aussi froide qu’un frigo pendant plus de 6 mois. Bien sûr, ce n’est pas la Floride, mais les journées ensoleillées d’hiver sous la neige n’ont pas d’équivalent en France.

En réalité, le réchauffement climatique bouleverse le cycle des saisons et les amplitudes de température. Par exemple l’année dernière en 2015-2016, il y a eu tellement peu de neige que la plupart des habitants considèrent qu’il n’a pas réellement neigé ! Cette année, de novembre à janvier, même si le sol était recouvert d’un peu de neige, les locaux disaient que les températures étaient similaires à un mois de mars ! Le début de l’hiver a donc été printanier jusqu’au mois de février où il y a eu un Snowstorm – une tempête de neige !

En réalité, il est tombé plus de 60 pouces de neige en l’espace d’un weekend. Cette situation a été particulièrement exceptionnelle. L’état du Maine est habituellement bien équipé, les routes salées régulièrement, les déneigeuses efficaces travaillent même en pleine nuit, les habitants ont du matériel dans le coffre de leur voiture, et les cours ne sont jamais arrêtés. Sauf cette année.

La tempête s’est prolongée, et en fait, en l’espace d’environ 3 jours, il est tombé autant de neige que sur tout un hiver ! Des monticules de poudreuse s’accumulaient très rapidement, les routes ont été bloquées, les magasins fermés, et les bus à l’arrêt complet. Du jamais vu de mémoire d’étudiant ! Par mesure de sécurité les cours à l’université ont été annulés pendant 2 jours à la suite car les déneigeuses étaient débordées, et il a fallu pas moins d’une journée et demi pour déblayer grossièrement des places de parking sur le campus.

Le premier jour, alors que rien n’avait encore été déblayé, sortir de la résidence universitaire s’apparentait à une aventure Sibérienne ! Les voitures étaient complètement ensevelies sous la neige, et j’ai joyeusement découvert l’art du shoveling – déneiger et désencombrer à l’aide de grands coups de pelle l’accès aux maisons et aux voitures. Sur le campus, les chemins quotidiens se sont transformés en ballades magnifiques, offrant un paysage totalement nouveau. Je suis sortie faire quelques photos une fois que les chemins principaux sont redevenus accessibles. Impossible de marcher et d’avancer sous la neige le premier jour à cause des vents violents et de la neige au dessus du genou.

Donc en dehors de cet épisode exceptionnel, les températures en hiver varient entre -17 et +10 degrés celcius. Ainsi, les périodes de fonte de neige et de gel sont nombreuses et se succèdent. Le soleil éclatant, les températures douces et le ciel bleu sont tout aussi fréquents que le vent qui écorche la peu du visage sous un ciel gris, et où tout le décor autour devient noir et blanc. Donc ce n’est pas le frigo tous les jours !

Le plus difficile, c’est de circuler lorsque le sol est couvert de glace. Je suis toujours émerveillée lorsque je croise les écureuils sur mon chemin, mais je suis encore plus impressionnée lorsque je les vois bondir sans glisser sur la glace. Ils sortent de temps à autre, et plus fréquemment encore puisque nous sommes déjà en mars ! Enfin, la différence de température entre l’extérieur et l’intérieur demande un ajustement vestimentaire toujours complexe. The secret is layering !

Lorsque la neige fond, le paysage devient presque fantomatique avec du brouillard épais, et la neige devient fumante. De véritables patinoires naturelles se forment au pied des arbres, et très récemment nous avons pu contempler les premières brindilles d’herbe verte de l’année, mais d’autres épisodes de neige sont annoncés !

Livres et Textbooks, Business ou une approche différente?

Ce semestre, je me suis lancée le défi de créditer (et donc de valider) les trois cours obligatoires que je dois suivre dans le cadre du programme Fulbright FLTA en tant qu’assistante à l’université du Maine. Cela rajoute une quantité de travail non négligeable en plus de mon rôle en tant que Primary Teacher.

Désormais, le weekend est devenu synonyme avec préparation de cours, lectures de chapitres, rédactions de commentaires, de résumés, et/ou de critiques de documents, ainsi que l’occasion de rattraper les mails en retard. Bref, un vrai rat de bibliothèque ! S’organiser, revoir les priorités parmi le plus urgent, et arranger à nouveau ses horaires sans se laisser envahir par le stress devient partie intégrante du quotidien.

Pour le cours de niveau graduate WGS 510 Advanced Studies in Queer Theory, la classe se déroule une fois par semaine pendant 2h30. Pour chaque nouveau cours, nous étudions en détail un nouvel aspect lié à la théorie Queer, parmi le déconstructivisme, le post-structuralisme, le dé-colonialisme, le féminisme, l’existentialisme, l’épistémologie, etc. Face à des notions assez complexes, qui demandent réflexions et analyse approfondie, je passe de nombreuses heures à effectuer mes lectures, à prendre des notes, et à rédiger mon Response Paper suivant une problématique ou une approche bien définie. Une chose est sûre, c’est qu’en l’espace d’un mois et demi de travail personnel pour les cours en tant qu’étudiante aux USA, j’ai l’impression d’avoir réalisé l’équivalent d’un semestre entier de devoirs à l’université en France !

Pour chaque cours, nous utilisons des textes différents, et donc les livres changent d’une semaine à l’autre. Comme j’en ai toujours eu l’habitude pendant mes études universitaires en France, mon premier réflexe a donc été d’aller me procurer les ouvrages en les empruntant à la bibliothèque. Les deux premières semaines, il n’a pas été très difficile de trouver les livres requis puisque Mary Wollstonecraft et Simone de Beauvoir sont des auteurs incontournables, et plusieurs copies étaient disponibles. Ensuite, nous avons travaillé sur des fichiers pdf de chapitres tirés d’un livre qui n’est plus édité; là le professeur nous a fourni le matériel. Et puis au fil des semaines, notre travail devenant de plus en plus précis, je me suis retrouvée face à une impasse.

Comme d’habitude, je me rends à la bibliothèque pour préparer le cours suivant, et emprunter l’ouvrage requis pour faire ma lecture hebdomadaire. Sauf que d’après le catalogue en ligne, il n’y a qu’un seul ouvrage, et il a déjà été emprunté. Il n’y en a pas non plus à la réserve. Pareil pour les autres ouvrages des semaines suivantes… Hum, c’est embêtant ! Pour cette semaine, même en utilisant Amazon, le délai d’expédition serait trop long: je n’aurai jamais le temps de lire le livre et de rédiger mon essay à temps pour le cours du jeudi.

Tout cela pour dire que j’ai trouvé très surprenant de ne pas trouver à la bibliothèque en prêt restreint un livre qui est indispensable pour un cours. J’ai peut être été privilégiée pendant mes études en France et dans ma discipline. Autant que je me souvienne, il y  avait toujours les ouvrages de référence nécessaires pour les cours à la bibliothèque. Même si on ne pouvait pas toujours les emprunter, il était toujours possible de les consulter sur place, permettant ainsi aux étudiants les plus modestes de ne pas être pénalisés face au coût de l’achat d’un livre.

J’ai donc envoyé un mail à mon professeur pour lui demander si nous étions supposés acheter tous les livres mentionnés sur le syllabus. Je comprends bien que lorsque l’on travaille sur un ou deux livres pendant tout le semestre, il est nécessaire d’acquérir les manuels… Mais lorsque les livres changent chaque semaine, n’est-il pas plus simple de déposer un exemplaire en bibliothèque en réserve? Avec un prix d’au minimum 25 dollars, et avec pas moins de 10 livres différents, cela représente une note salée pour un seul cours ! Effectivement, le professeur m’a concédé que cela représente un budget, mais que l’achat des livres était largement conseillé, et que le livre était probablement disponible au bookstore de l’université, (à un prix bien plus élevé que ce que l’on peut trouver sur internet soit dit en passant.)

Au semestre précédent, nous avions acheté les livres de littérature au bookstore de l’université avec une camarade de classe afin d’alléger le coût du textbook, au prix d’environ 80 dollars pour une anthologie d’occasion (soit 40 dollars chacune). A la fin du semestre, nous avons revendu le livre au bookstore qui nous l’a racheté pour la modique somme de 3,50 dollars !! Nous avons cru à une erreur, mais le caissier nous a expliqué que puisque ce cours de littérature ne sera pas proposé au semestre suivant, ils ne revendront pas ces ouvrages, mais nous proposaient de racheter le livre par courtoisie. Bien entendu, il est toujours possible de dénicher une offre de rachat plus intéressante en ligne avec les libraires…

Donc non seulement les livres requis pour un cours ne sont pas forcément en prêt restreint en bibliothèque, mais en plus, le bookstore de l’université ne propose pas vraiment des offres de prix plus avantageux et adaptés au portefeuille des étudiants ! Certains parviennent à trouver les livres en ligne et à travailler ainsi. De mon côté, je préfère travailler avec le livre et manipuler les pages, donc si j’en ai la possibilité, le support papier à l’ancienne sera largement le type de ressource pour laquelle j’opterais.

Women’s March à Augusta

Aujourd’hui, cela fait un an jour pour jour, je passais mon entretien FLTA à Paris à la Commission Franco-Américaine. Aujourd’hui, un an plus tard, je participe à la Women’s March, l’un des plus grands rassemblements du pays. Cette date, très symbolique, est également un moment fort mémorable puisque j’assiste à un événement historique aux États-Unis !

Nous sommes donc au lendemain de l’investiture de Donald Trump. Le principal lieu de rassemblement de la Women’s March a eu lieu à Washington DC, mais de nombreuses villes ont spontanément accompagné cette initiative sous la forme d’une marche pacifique. De nombreux rassemblement ont également  accompagné cette journée dans d’autres pays, notamment en Europe.

C’est ainsi au petit matin de cette journée incroyable que nous avons quitté Orono avec Stéphanie, Katherine, Maria et Johanna en direction d’Augusta, la capitale du Maine pour le rassemblement. Les organisateurs attendaient environ 5000 participants, mais au final nous avons été plus de 10 000, ce qui représente une très forte mobilisation pour le Maine ! Il y avait des pancartes colorées aux messages très créatifs, le tout dans une ambiance sereine et calme. Il n’y a pas eu de confrontation ni de violences particulières, il y avait même des agents de sécurité qui portaient le fameux « pussy hat » le bonnet rose tricoté avec ses oreilles de chat.

Ce qui m’a beaucoup surprise, c’est que ce n’est pas une manifestation ou une marche puisque nous sommes restés debout. Le rassemblement était fixe, et beaucoup de personnes prenaient la parole tour à tour à la tribune afin de sensibiliser les participants, faire parts de leurs inquiétudes et de leur protestations. Toutes les minorités étaient représentées de la communauté LGBTQIA+, aux immigrants, en passant par les handicapés, et les personnes de couleur. Les revendications concernaient les centres de planification familiale, le droit à l’avortement, la santé et la sécurité sociale, et même l’environnement. Dans la foule, les slogans et les chants circulaient, parmi ceux que j’ai noté, j’ai entendu:

  • This is what democracy looks like
  • People united will never be defeated
  • Love not hate makes America great

Beaucoup d’associations vendaient des goodies pour rassembler des fonds grâce à la vente de T-shirts aux couleurs de l’événement, de badges, d’autocollants, et de pussy-hats parmi tant d’autres. Une chose qui m’a beaucoup étonnée également, c’est qu’en discutant avec les participants, je me suis aperçue que beaucoup d’entre eux n’avaient jamais assisté à une manifestation, ni à un rassemblement ou une protestation. J’ai donc mis ma casquette d’ambassadrice culturelle française pour partager mon expérience sur les manifestations en France, qui font partie du paysage politique de l’hexagone ! Voici ci-dessous quelques photos publiées par Central Maine:

Parmi les insolites de la Women’s March à Augusta, un groupe de personnes transportait une charrette, et créaient les funérailles de la statue de la liberté. Par moment la statue était debout fièrement dressée, puis quelques minutes plus tard, elle était à nouveau en mode funérailles dans sa charrette. Cette curiosité a beaucoup fait réfléchir les passants ! Dans le style local et original, une dame avait crée sa pancarte en deux parties et l’avait découpée en forme de pinces de homard, puisqu’ici c’est le plat typique, autant en profiter pour faire passer un message !!

Des drapeaux américains et des drapeaux aux couleurs de l’arc en ciel ont mis de la couleur dans le ciel gris, et malgré le froid nous avons tenu toute la matinée. Il y avait également beaucoup de jeux de mots, et notamment l’imagerie des cheveux ou du peigne font partie intégrante des caricatures liées au nouveau président. A la fin du rassemblement, nous nous sommes dirigées vers le Maine State Museum qui récoltait les bannières afin de les archiver et d’enregistrer les messages populaires de cette journée importante pour la postérité.

On enchaîne sur le deuxième semestre !

Voilà que le Winter-Break touche presque à sa fin. A l’université du Maine, la reprise des cours est prévue pour le 16 janvier cette année. Ça, c’est en en théorie car en tant qu’étudiant, il n’est pas rare de recevoir des devoirs à faire pendant la dernière semaine de vacances afin de préparer le premier cours. De plus, en tant que membre du département, il y a des réunions de préparation, des formalités administratives à remplir, et donc, la dernière semaine n’est plus vraiment dédiée aux vacances. Il est temps de bien commencer l’année et s’atteler à préparer mon cours de français accéléré de niveau avancé. Les étudiants apprendront le français en étudiant des films.

textbook-cinephile-semester2Ce semestre, j’utiliserai un ouvrage différent, Cinephile: Intermediate French Language and Culture Through Film. Ça sera l’occasion de développer un cours un peu plus libre au niveau du format, plus axé sur la conversation, et moins engoncé dans des exercices de grammaire depuis le textbook. Les 9 films abordés dans ce manuel seront les suivants: Les Triplettes de Belleville, Le Papillon, Etre et Avoir, L’Auberge Espagnole, Les Visiteurs, Sur mes lèvres, Comme une image, Métisse, et Bon Voyage. J’ai avec moi le manuel du professeur en complément qui permet de baliser la méthodologie d’approche du film, avec des exercices à faire avant de visionner le film, après, puis les notions de grammaire et de culture. Les étudiants devront effectuer deux présentations au cours du semestre, cela comptera pour évaluer leur compétence à l’oral, et contribuera également pour la note finale.

Au précédent semestre, j’ai beaucoup utilisé ma méthode créative en leur faisant piocher des morceaux de papier dans une boîte,  écrire sur des feuilles de couleur par groupe, utiliser des dés, ou utiliser des feutres de couleur pour identifier leur phrase parmi celles des autres. J’ai bon espoir pour continuer à développer ces activités qui ont d’ailleurs remporté un franc succès; même si l’on fait habituellement travailler un public d’enfants avec ce genre d’outils, les adultes en raffolent tout aussi bien que les plus jeunes ! Certains peuvent ne pas adhérer tout à fait à cette méthode au départ, mais une fois qu’ils ont pris confiance en eux-mêmes, en leurs camarades, et qu’ils savent comment le professeur fonctionne, ils finissent par participer, et même se prêter au jeu !